Hafida El Alami mène l'enquête

11/10/2018 - Carrières, France
Véritable Sherlock Holmes de la métallurgie, Hafida El Alami expertise les dysfonctionnements depuis le centre R&D d'Aulnoye-Aymeries.

Décrivez-nous votre parcours.

J'ai finalement un parcours assez classique. J'ai d'abord intégré une classe préparatoire à Lyon, puis une école d'ingénieur en chimie des matériaux (l'INP de Toulouse). J'ai ensuite écrit une thèse à La Rochelle, précédée d'une année de spécialisation à Poitiers. Finalement, j'ai voyagé dans toute la France !

J'ai rejoint Vallourec fin 2007 après avoir rencontré un collaborateur du Groupe qui m'a parlé de la société. J'ai commencé en tant qu'ingénieur R&D dans le département corrosion. J'y suis restée un an, puis j'ai mis en place et conduit une équipe pour travailler sur les CRA (corrosion resistant alloy steel, ou aciers alliés) – il s'agit de produits plus résistants à la corrosion que les produits habituels, utilisés pour des environnements plus sévères.

Ensuite, j'ai évolué vers un poste davantage axé sur l'expertise, c'est-à-dire le développement et la recommandation des matériaux pour les pétroliers.

Depuis mi-2015, j'occupe le poste de chef de projet dans la métallurgie dans l'équipe Materials Investigation au centre R&D à Aulnoye-Aymeries.

 

En quoi consiste votre travail ?

Etant donné la multitude d'opérations complexes que nos produits doivent subir, avant d'obtenir un tube premium avec toutes les propriétés demandées, il est possible de voir apparaître des déviations inattendues en lien avec la matière première ou avec le process de fabrication. Mon équipe est chargée d'identifier ces déviations pour les corriger et garder ce haut niveau de qualité que nous nous imposons.

L'équipe Materials Investigation travaille avec les usines du groupe pour déterminer l'origine d'anomalies ou de défaillances inattendues sur nos produits.  En effet, nous sommes chargés d'expertiser les  défauts apparus pendant la production des tubes ou lors de leur utilisation. La détermination de leur nature, origine et étendue aide à la validation de la commande concernée, à la mise en place d'actions correctives au niveau du process de fabrication des tubes, ou au contrôle de la qualité de tubes livrés aux clients en cas de réclamation.

Effectuer l'expertise la plus juste possible est une des premières étapes nécessaires qui permettent de garantir un niveau de qualité premium de nos produits et de défendre les intérêts du Groupe ; c'est essentiel pour la satisfaction de clients exigeants, la sécurité des personnes utilisant nos produits, l'environnement et la réputation de Vallourec.

 

Quels sont les principaux challenges de votre métier ?

En premier lieu, l'efficacité et le respect des deadlines ! Nous avons des impératifs de délais, car nous expertisons des tubes issus de commandes en cours de production ou parfois déjà livrées. Nous devons effectuer notre travail avec précision, car les conséquences d'une erreur d'un point de vue financier peuvent être très lourdes.

Il y a également des challenges en termes de communication : dans un contexte d'analyse de défaillance, il faut se montrer clair et convaincant. L'objectif n'est pas de rejeter la faute sur une personne, mais de montrer qu'une analyse de défaillance permet de détecter une déviation et apporter rapidement les actions correctives permettant d'alimenter l'amélioration continue de nos process de fabrication. Nous sommes tous dans le même bateau !

 

Il y a, bien sûr, le fait d'être une femme dans un environnement traditionnellement considéré comme masculin ?

C'est vrai que je suis en plus assez petite et mince, donc je ne renvoie pas l'image d'un expert travaillant dans la métallurgie !

Cependant, comme j'ai un fort caractère, je sais exprimer mes accords comme mes désaccords, et les différences s'effacent. On ne fait plus de distinction entre hommes et femmes : c'est la pertinence de l'expertise qui prime.

 

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Je suis tout d'abord attirée par le caractère technique. Ensuite, mon métier est très polyvalent, et je suis amenée à interagir avec de nombreux experts d'autres disciplines.

Chaque expertise est une enquête unique. On en apprend tous les jours, on ne s'ennuie jamais !

En plus, chez Vallourec, je travaille avec des experts de très haut niveau, sur lesquels je peux m'appuyer et qui me challengent. Je n'aime pas rester à un seul niveau et stagner !

 

Qu'est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin ?

Mon réveil !

Plus sérieusement, mon conjoint est ma principale source de motivation. Je n'en serais pas là sans son soutien.

 

Qui êtes-vous en dehors du travail ?

J'ai une passion pour la découverte d'autres pays et cultures, passion que je partage avec mon conjoint. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions comme projet de faire au minimum deux beaux voyages par an ; c'est ainsi que nous avons visité plus de vingt-cinq pays sur quasiment tous les continents.

Aujourd'hui, j'ai deux garçons, un de quatre ans et un de un an et demi ; voyager est plus compliqué. Ma passion et ma priorité, pour le moment, ce sont eux. Mais nous recommencerons les voyages quand ils grandiront et nous partagerons notre passion avec eux.

 

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Un collègue de Vallourec m'a dit : « Ne sois pas si exigeante. Accorde-toi le droit de te tromper. L'important c'est de savoir se corriger. »